Sylvaine - "Chaque sortie représente qui nous étions à un certain moment de notre vie"

Yoga, Billie Eilish et musique, nous avons pu nous entretenir avec Sylvaine

Soundbather : Bonjour Sylvaine. Pour commencer, merci beaucoup de nous accorder du temps pour cette interview et de répondre à nos questions ! Comment vas-tu en ce moment et que fais-tu de ton temps libre ?

Sylvaine : Oh mais le plaisir est pour moi ! Merci beaucoup de me donner l’opportunité de parler aux lecteurs de Soundbather ! Pour être honnête, 2020 a été une des pires années, je pense que l’on peut tous s’accorder là-dessus. Mais au milieu de cette folie, j’ai fait de mon mieux pour rester occupée, utiliser ce temps pour grandir sur le plan personnel et essayer de répandre de la positivité de toutes les manières possibles. De fait, j’ai été extrêmement occupée depuis mars. J'ai travaillé sur bon nombre de projets reliés à la musique, mais également au yoga, entre autres. Nous sommes au milieu d'un gros changement global et la seule chose que nous pouvons faire, c’est de faire de notre mieux pour profiter de cette chance pour rester positif et bienveillant.

Soundbather : Pendant la période de confinement, tu nous as montré ton amour pour le yoga et tu as même diffusé plusieurs sessions en live. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cette pratique et comment s’est déroulé ton parcours depuis que tu as commencé ?

Sylvaine : En fait, je me suis remise au yoga juste après une mini tournée que nous avions fait avec Harakiri for the Sky, en 2017. Quand j’en suis revenue, j’ai ressenti le besoin de trouver quelque chose à pratiquer sur la route, quelque chose qui pourrait équilibrer la force et la douceur, la santé physique et mentale. Je suis une personne plutôt anxieuse qui cogite sur trop de choses dans la vie. De fait, je voulais trouver une manière de me recentrer et de retrouver un peu d’équilibre. J’avais déjà fait du yoga au début de mon adolescence et ait donc décidé de m’y remettre. Je vais peut-être passer pour une grosse hippie en disant cela, mais cette pratique a complètement changé ma vie, et pour le mieux. Plus je pratiquais le yoga, plus je me rendais compte que je voulais partager cette pratique avec les autres. Une des premières choses que j’ai voulu faire, c’est des classes spéciales avec comme cible principale les musiciens. Notamment en utilisant des poses et des programmes qui leur seraient bénéfiques pour contrer les difficultés qu’ils rencontrent durant les tournées (en m’inspirant notamment de la raison pour laquelle je m’y étais moi-même mise). En fait, c’est quelque chose sur lequel je travaille en ce moment même et qui sera disponible en ligne prochainement. Au fur et à mesure que le temps passait, cela m’apparaissait comme une bonne idée de partager ma passion pour le yoga avec toutes les personnes intéressées. J’ai vraiment voulu contribuer positivement au quotidien des gens quand on a du se confiner, et ce en utilisant les moyens dont je disposais chez moi. C’est cela qui m’a poussé à organiser ma première session de yoga en ligne. J’espérais pouvoir apporter un peu de lumière dans la vie des gens et leur offrir quelques minutes de répit pendant cette période difficile.

Le yoga est la pratique parfaite pour soigner son état physique et mental à la fois

Soundbather : Qu’est-ce que le yoga t’apporte en tant que personne et en tant que musicienne ? Pourquoi penses-tu que le yoga pourrait être bénéfique aux musiciens, ou plus généralement aux artistes ?

Sylvaine : Je suppose que je ne suis pas très objective quand on parle de yoga, étant donné que je suis moi-même tombée amoureuse de cette pratique. Mais pour être honnête, je pense sincèrement que cela pourrait faire du bien à presque n’importe qui, non seulement physiquement mais également sur le plan émotionnel et énergétique. Idem pour les bienfaits spirituels que cette pratique apporte, qui aident les gens à se retrouver avec eux-mêmes sur un plan plus profond. Sachant que la plupart des artistes ont tendance à être très sensibles, je pense que le yoga est la pratique parfaite pour soigner à la fois son état physique et mental. C’est une pratique très polyvalente qui peut être utilisée de plusieurs façons, selon les effets recherchés. C’est un très bon compagnon pendant les tournées par exemple, mais également à la maison dans la vie de tous les jours.

Soundbather : Tu as également obtenu une certification pour devenir professeure courant juin – félicitations ! Est-ce que c’est quelque chose que tu comptes faire professionnellement tout en poursuivant ta carrière dans la musique en même temps ?

Sylvaine : Merci beaucoup ! Cela fait toujours plaisir de recevoir des encouragements ! Oui, en effet, c’est quelque chose que j’aimerais voir coexister avec la musique dans ma vie. En grandissant, je me rends compte qu’une des choses qui me rend le plus heureuse dans la vie est de partager des émotions et du savoir avec les gens. Enseigner le yoga me permet de partager quelque chose que j’aime, de la façon la plus positive qui soit. Tout comme avec ma musique, si cela peut aider au moins une personne d’une façon ou d’une autre, je serai la personne la plus heureuse au monde.

Quand l’Europe est entrée en période de confinement en mars, j’ai décidé de voir cela comme une opportunité et d’essayer d’en profiter au maximum

Soundbather : Avec tous ces projets, est-ce que la période de confinement a été productive pour toi ? T’es-tu parfois ennuyée, voire sentie impuissante ?

Sylvaine : Impuissante oui, complètement. Pour plusieurs raisons, générales et personnelles. Cela a été très pesant de bien des façons, et j’ai toujours l’impression de ne pas toujours pouvoir complètement saisir l’importance et l’étendue du problème dans le monde. Mais quand l’Europe est entrée en période de confinement en mars, j’ai décidé de voir cela comme une opportunité et d’essayer d’en profiter au maximum. Pour être franche, ma vie de tous les jours n’a pas beaucoup changé pendant le confinement, étant donné que je travaille habituellement depuis chez moi. Cependant, ce qui a été le plus difficile, c’est de ne pouvoir voir personne, de ne pas pouvoir faire de concerts ni répéter avec mon groupe, de voyager, ou même tout simplement de me balader. Je ne vais pas me plaindre car je suis en bonne santé, mes proches également, et j’ai eu la chance de pouvoir rester très productive pendant cette période. Je sais que j’ai de la chance, et je suis très reconnaissante pour ça. J’envoie tout mon soutien aux personnes qui n’ont pas forcément ce privilège et qui se trouvent dans une situation à risques...

Soundbather : Parlons de tes sorties du coup. Récemment, tu as publié une cover de “Falling Ashes” de Slowdive et un peu avant, une autre, “Ocean Eyes” de Billie Eilish. Est-ce que c’est un défi pour toi ou un exercice que tu aimes faire ? Comment conceptualises-tu la reprise d'une chanson ?

Sylvaine : En fait, c'est arrivé de façon très organique et spontanée. Chaque chanson dont j’ai fait une cover est une chanson spéciale pour moi, une chanson qui résonne avec quelque chose d’enfoui en moi. Les covers de Ocean Eyes et Falling Ashes sont arrivées dans ma vie quand j’étais assise dans ma chambre à essayer de reproduire la chanson à ma façon. C’est très intéressant de faire des covers car cela te plonge dans l’esprit d’un autre compositeur. Cela peut être très rafraichissant et inspirant, et cela finit par apporter des idées pour tes propres compositions auxquelles tu n’aurais pas forcément pensé autrement. Une fois la base de la cover montée, j’ai commencé à enregistrer les guitares et la voix principale avant d’y ajouter quelques autres couches. J’ai voulu garder ces covers très simples et minimalistes pour les garder intimistes et personnelles afin d’apporter avec exactitude ce que ces chansons m’évoquent ainsi que les histoires derrières en lien avec ma propre vie et ce qu’elles font résonner en moi.

Soundbather : Billie Eilish est un phénomène mondial en ce moment. Que penses-tu de sa musique ? Est-ce qu’il y a d’autres artistes “mainstream” que tu écoutes ou dont le travail te touche ?

Sylvaine : Billie Eillish et son frère Finneas sont deux compositeurs très talentueux. Ils ont attiré mon attention quand leur premier album When We All Fall Asleep, Where Do We Go? est sorti. Les arrangements et la production de cet album sont très inspirés, pleins d’idées différentes et inattendues. Je ne vais pas non plus dire que c’est 100% unique, mais il est certain que c’était rafraichissant, quelque chose qu’il n’est pas facile de faire en 2020 ! Je suis vraiment ouverte en ce qui concerne la musique, je ne laisse pas les étiquettes dicter ce que j’écoute car je pense qu’il est important de rester ouvert d’esprit quand ça touche à l’art. En ce qui concerne les autres artistes mainstream que j’apprécie, il y a Grimes, Björk, Susanne Sundfør, clipping, Beach House, Weyes Blood, Run The Jewels, London Grammar, Daughter, Aurora, Angel Olsen, Twenty One Pilots, FKA Twigs, King Gnu, Lana Del Ray, Fever Ray et bien d'autres ! Je me rends compte que la plupart de ces artistes ont tout de même une touche particulière, même s’ils sont considérés comme mainstream.

Quand j’ai découvert Slowdive il y a quelques années, j’ai eu un coup de cœur pour la lumière et la chaleur que leur musique produit

Soundbather : Pour ce qui est de Slowdive, tu disais que c'est un de tes groupes préférés. Pourquoi leur musique t’inspire et comment influence-t-elle la tienne ? Quels sont les autres groupes ou artistes qui t’influencent le plus ?

Sylvaine : Quand j’ai découvert Slowdive il y a quelques années, j’ai eu un coup de cœur pour la lumière et la chaleur que leur musique produit. Elle a la pureté de la jeunesse, la nostalgie et une éternelle touche de mélancolie amère et douce à la fois. Leur son m’impressionne aussi. Des sonorités si aquatiques, si riches, beaucoup de couches… Cela me rappelle un peu les soirées d’été sur la plage, à regarder les rayons du soleil miroiter sur l’eau, pendant les vacances d’été quand on est encore à l’école. C’était quelque chose à quoi je pouvais m’identifier. Slowdive est une de mes inspirations dans les arrangements pour mes chansons, de même que pour certaines tonalités et sons de ma propre musique. L’autre grande influence musicale dont j’aimerais parler est Type O Negative. Leur son dualiste, alternativement sombre et lumineux, brusque et beau à la fois, est tout simplement incroyable. Leur son est tellement captivant et immersif, j’ai juste adoré ce moment quand j’ai découvert October Rust et je me souviens avoir pensé que j’aimerais exprimer ce type de dualité dans ma propre musique un jour. C’était aussi très rafraichissant de voir un groupe qui avait un équilibre entre cette beauté raffinée dans leur musique, associée à un humour sarcastique et noir. Les membres du groupe n’avaient pas l’air de se prendre trop au sérieux, et ça me plait. J’étais aussi fascinée par le mouvement minimaliste de la musique classique quand j’étais encore au lycée, ce qui m’a également inspirée en tant que musicienne.

Soundbather : Un peu plus tôt en 2020, tu as sorti un EP avec Unreqvited qui t’a permis d’explorer "des expressions plus minimalistes”. Est-ce que ce changement de cadre musical a été rafraichissant et qu’as-tu appris grâce à cela ?

Sylvaine : J’avais déjà prévu de faire un EP de mon côté, dans lequel je voulais présenter une version plus intime de Sylvaine en essayant d’opter pour un style plus minimaliste et de retourner aux racines avec une simple guitare acoustique et une seule voix. Après en avoir fini avec Atoms Aligned, Coming Undone, je voulais en effet travailler sur quelque chose d’un peu différent pour gagner en perspective et rafraichir mon processus créatif. A peu près au même moment, j’ai croisé le chemin d’Unreqvited en ligne et ils m’ont suggéré de faire un split avec eux. C’était le timing parfait et un bon mariage musical également ! Je pense qu’à chaque nouveau projet, que ce soit quelque chose de différent ou un style avec lequel on se sent plus à l’aise, on en tire toujours un apprentissage et on évolue pour des créations futures. J’avais déjà apporté quelques touches minimalistes sur certaines musiques du 4ème album de Sylvaine, par exemple.

Soundbather : Dans quelques mois, cela fera deux ans depuis la sortie de ton dernier album “Atoms Aligned, Coming Undone”. Que penses-tu maintenant que tout est terminé ? Y’a-t-il des choses que tu aurais fait différemment ?

Sylvaine : Tu sais, en tant qu’artiste, je pense qu’on peut toujours trouver des choses à changer dans nos anciens travaux. Mais le fait est que chaque sortie représente qui nous étions à un certain moment de notre vie. L’accent devrait être là-dessus, plutôt que d’essayer de toujours le perfectionner. C’est plus simple à dire qu’à faire (rires). Bien sûr, je trouve qu’il y a des choses qui auraient pu être faites différemment, avec la version de moi-même de 2020. Mais quand je reviens sur Atoms Aligned, Coming Undone, je me sens très fière de moi, finalement. C’est un sentiment étrange pour moi, étant donné que j’ai beaucoup de problèmes de confiance en moi, mais je crois réellement que cette album exprime quelque chose d’authentique et de pur, complètement en phase avec ce que je voulais communiquer. J’ai mis toutes les petites parts de moi-même dans cet album, que ça soit dans la musique, le clip et tout le reste, et je pense que c’est quelque chose qui se sent. Quelques chansons de cet album me touchent encore à chaque fois que je les écoute à cause de cela. Quand j’écoute l’album, cela me donne envie de travailler encore plus dur sur le quatrième, pour faire de mon mieux pour qu’il soit aussi réussi que Atoms Aligned, Coming Undone.

Je suis aussi très heureuse de travailler sur une collaboration avec Carpenter Brut pour son prochain album

Soundbather : A ce propos, à quoi penses-tu que le prochain album de Sylvaine ressemblera ? As-tu déjà de la matière pour l'album ?

Sylvaine : En fait, il est déjà terminé, mais à cause du Covid 19, je ne pourrai pas l’enregistrer avant l’année prochaine. Cela me laissera du temps pour faire en sorte que seules les bonnes pistes restent sur l’album, donc je le vois comme quelque chose de positif finalement ! Il est fort possible que je continue de composer pour l’album jusqu’à ce que les sessions d’enregistrement commencent. Si je réussis à remplir les intentions derrières chaque piste de la façon dont je les imagine, cela sera un album rempli d’émotions et très tragique pour moi. Cela sera lourd, à la fois en terme de son et en terme d’émotions. Le temps nous le dira !

Soundbather : As-tu d’autres projets sur le feu à part le prochain album ?

Sylvaine : Il y a quelques projets sur lesquels je suis en train de travailler et que j’espère pouvoir partager avec tout le monde dans les mois à venir, parmi lesquels d’autres vidéos sur le chant crié, une cover d’une de mes propres chansons ainsi qu’une autre cover. Je suis aussi très heureuse de travailler sur une collaboration avec Carpenter Brut pour son prochain album. Cela m’emmène très loin de ce que je fais d’habitude, mais c’est très intéressant et inspirant de travailler dessus. Cela va être intense!

Soundbather : Enfin, as-tu quelque chose à dire à tes fans avant que nous finissions cette interview ? Encore une fois, merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Sylvaine : Merci à vous d’avoir pris le temps de lire cette interview ! J’espère que vous l’avez autant apprécié que j’ai apprécié la faire ! Prenez bien soin de vous et souvenez-vous de rester attentif et présent. Les temps qui courent sont pesants, mais nous devons faire notre possible pour rester positif et responsable. Je vous envoie un peu de lumière et j’ai hâte de vous voir sur la route à nouveau dès qu’il sera de nouveau possible de faire des concerts dans des conditions sûres.


Interview réalisée par e-mail. Traduite de l'anglais avec l'aide de Lauris Pauws

Kathrine_Shepard
  • Rôle(s) : Basse, Chant, Guitare, Batterie
  • Projet(s) : Sylvaine
  • Activité : 2014
  • Pays : Norvège