Little Jimi/Mars Red Sky/Elvis Press Play - Soirée posée et psychée en terrasse

Le concert a eu lieu le 25 août, avant l'obligation de porter un masque dans tout Paris.

En quelques mois de cette terrible année 2020 synonyme d'hécatombe pour le monde culturel, l'idée de savourer de la musique live nous est devenue bien étrange, pour ne pas dire franchement farfelue. Partout nous nous sommes terriblement habitués aux annonces incessantes d'annulations pures et simples de concerts/tournées ou, au mieux, de reports de dates. C'est ainsi dans ce contexte musical chaotique que la bien-connue salle parisienne Le Supersonic a néanmoins décidé d'affronter le cours des événements et de se délocaliser sur la terrasse de la non moins célèbre salle du Trabendo. De cette union a pu renaître une lueur d'espoir pour les mélomanes de la capitale avec l'organisation de quelques soirées et concerts en plein air. Parmi ceux-ci, nous fûmes fort ravis de découvrir le passage de noms familiers des amateurs de musiques fuzzesques de l'Hexagone : les fameux bordelais de Mars Red Sky avec en première partie Little Jimi, d'ailleurs signés sur le label des premiers. Ce plateau gascon fort sympathique fût ainsi l'occasion pour nous d'inaugurer réellement notre section live report, que nous pensions à contrecœur devoir laisser à l'abandon pour encore plusieurs mois.

Avant de revenir sur les prestations des deux groupes, il nous semble néanmoins important de parler des conditions mêmes du concert. La crise sanitaire n'étant pas terminée, il serait bien évidemment faux de dire que tout était comme avant. Comme nous l'avons dit précédemment, le concert avait lieu en extérieur pour des raisons sanitaires, ce qui pour des musiques de l'univers du stoner/psyché/doom est en réalité plutôt agréable quand les températures estivales sont également au rendez-vous. Afin de limiter les risques de propagation du coronavirus, le public était également légèrement plus restreint qu'à l’accoutumée avec environ 150 à 200 personnes. Partout sur la terrasse était rappelée l'importance de suivre autant que possible les mesures de distanciation sociale ainsi que les gestes barrières. Néanmoins, nous avons constaté avec regret que le port du masque n'était malheureusement pas totalement répandu dans le public. Certes c'est agaçant mais c'est important si nous voulons que la reprise des concerts se poursuive. Et pour celles et ceux qui se demandent : non il n'est pas spécialement difficile de garder un masque pendant tout le concert, bien que cela paraisse quelque peu étrange dans un premier temps, surtout couplé à des bouchons d'oreilles qui donnent une sensation de "scaphandre". Concernant les conditions techniques elles-mêmes, nous avons été assez surpris de constater à quel point le son était bon. Les instruments étaient bien distincts même en les écoutant loin de la scène et finalement la distance n'impactait presque que le volume sonore.

Gestes_Barrières

Venons-en maintenant aux performances des groupes. C'est donc à Little Jimi qu'est revenu le rôle de mise en bouche du public. Découverte pour nous, le groupe a réussi avec brio l'exercice en délivrant une performance dynamique, mise en valeur par le jeu de lumière derrière les musiciens. Globalement instrumental avec quelques incursions de la voix, leur rock psyché aérien mais non moins intense a su progressivement faire monter l'ambiance tout au long du set et conquérir le public. Musicalement, les compositions faisaient par moment penser à la rencontre artistique entre Dead Meadow, Weedpecker et sans grande surprise, Mars Red Sky, dont les sonorités se rapprochaient parfois lors des envolées de guitare. Par ailleurs on peut également noter une setlist cohérente pour cet exercice de première partie, Little Jimi terminant son set par un morceau qui nous a semblé plus lent et riffé, ce qui préparait bien le terrain pour le plat de résistance qui arrivait.

Little_Jimi_01

Place maintenant aux vétérans Bordelais qui, comme à leur habitude, ont su assurer leur prestation avec très peu de fausses notes. Dès leur arrivée sur scène, on sent un changement d'ambiance favorisé par la tombée de la nuit et un changement de scénographie. Ainsi les lumières se sont colorées de rouge, donnant à la musique une teinte plus chaude, tandis que des extraits de films et visuels bien psychés accompagnaient le retour des odeurs d'herbes de Provence dans le public. Décidément, les concerts avaient manqué à de nombreuses personnes ! Et dans un autre registre, humoristique cette fois, on a bien senti que c'était aussi le cas pour le groupe. Ainsi tout au long du concert, le bassiste de Mars Red Sky, Jimmy, nous a abreuvés de blagounettes souvent absurdes mais toujours très drôles. Le groupe a rappelé la sortie de son dernier album, The Task Eternal, sorti presque un an jour pour jour avant ce concert. La setlist comportait des morceaux de cette dernière production mais aussi des classiques (big up à Strong Reflection, toujours un tube absolu), formant ainsi un panaché très appréciable pour les fans d'hier comme d'aujourd'hui. Bref, la convivialité était bel et bien au rendez-vous mais absolument pas au détriment de la musique pour autant. La performance du groupe ce soir fut comme d'habitude remarquable. On peut, en particulier, souligner l'agréable justesse du chant, y compris dans les envolées lyriques. Le groupe naviguait en terrain connu et maîtrisé de A à Z.

En dernier lieu c'est Clément Duboscq alias Elvis Press Play qui s'est attelé à la musique sous la forme d'un DJ Set. Les spectateurs ont pu ainsi occuper l'espace face à la scène pour discuter et danser à l'écoute de chansons de différents styles. Deftones, Marilyn Manson, Rage Against the Machine ou encore Sum 41 ont ainsi animé la fête jusqu'à 2h sur ce dancefloor en extérieur. Une troisième partie de soirée plus festive donc, propice au lâcher prise et à s'évader au son de la musique que l'on aime. Ce retour aux concerts parisiens, au plaisir de discuter avec des camarades mélomanes entre deux chansons d'un groupe de qualité, nous avait manqué. Espérons que d'autres soirées soient possibles dans le futur et d'ici là, pensez à respecter les gestes barrières !

Trabendo_Extérieur
Le Trabendo
Paris, France