Idle Hands - Mana

La Lune et sa lumière blafarde transpercent la pénombre d’une nuit claire et étoilée. Elles révèlent une vallée encaissée qui arbore de chaque côté des montagnes aux pointes enneigées et brumeuses. L’herbe est parcourue par un léger vent frais d’automne. Alors que votre attention se concentre sur l’autre bout de l’étendue bleue sombre, vous la voyez. Cette armée ennemie qui n’attend que de vous sauter à la gorge. Vous jetez un coup d’œil en biais à vos camarades autour de vous. Les yeux disent en un regard ce que les mots ne sauraient décrire. L’heure est venue.

C’est dans cette ambiance mystique que baigne Mana, premier album d’Idle Hands. Le groupe s'est fondé en 2017 à Portland dans l'Oregon. Le premier EP, Don’t Waste Your Time est sorti en 2018 puis l’album Mana a suivi en 2019. Ces deux sorties leur ont fait rencontrer un succès immédiat parmi les fans de metal, exercice pouvant être difficile pour un groupe aussi jeune. Notons tout de même que les membres n’en sont pas à leur coup d’essai et qu’ils ont participé à de multiples projets par le passé. Mais le cas de cette formation est différent.

En effet, le groupe peut se targuer d’avoir en très peu de temps réussi à produire une musique riche, qualitative et originale. Tirant leurs influences du heavy metal, de la new wave ou encore du gothic rock, les américains développent un univers de fantasy à tendance épique, remplie de reverb et d’échos. Une batterie rythmée, agrémentée d'une double pédale soutiennent des guitares qui tissent une ambiance éthérée particulière, issue du mariage heavy/gothic. Pour couronner le tout, la voix de Gabriel Franco navigue entre des passages chantés avec son timbre si particulier et des moments plus saturés parsemés de quelques « OUGH ». Sur les onze titres de l'album se retrouvent deux catégories de chansons. D'un côté, des thèmes de bataille très heavy, mais toujours teintés des autres influences du groupe. De l'autre, des chansons bien plus calmes où la part gothic et new wave des compositions ressort de plus belle.

Cosmic Overdrive, troisième piste et aussi une de mes préférées, part sur les chapeaux de roues et nous emmène directement dans une charge de cavalerie. Les percussions rythment cette sorte d’envolée vers l’avant qui nous fait dresser les poils lors des pré-refrains, où la voix se fend d’un cri grisant. Cette structure, diablement efficace, se répète sur plusieurs autres chansons. A l’inverse, nous avons aussi Don’t Waste Your Time, sorte de power-ballade pleine de spleen et de recueillement. Les mélodies restent dans le même registre mais la batterie, bien plus posée, et le chant, limite déclaratif, donne à cette chanson son côté unique. Les titres s’enchaînent sans problème, chacun avec leurs subtilités, ce qui produit in fine un disque attachant et original.

La musique du groupe révèle des images teintées du bleu sombre de la nuit, une couleur présente sur la pochette évocatrice du disque. Un univers médiéval se dessine à mesure que l'album se déroule. Une sorte de fresque de faits d'armes, une compilation d'histoires racontées à travers des chants interprétés par des ménestrels, l'album se veut être une immense chanson de geste pour ces valeureux guerriers. Mais cet univers est différent du nôtre, peut-être les étoiles y sont plus brillantes ou bien un parfum de magie plane dans l'air. Comme dans de nombreux univers de fiction, il semble que l'épique soit à portée de main. Nous ne sommes pas là dans le passé de notre civilisation mais dans la légende. Dans ces histoires qui transcendent la réalité et qui résonnent comme similaires à la nôtre et pourtant si différentes.

Bien que je ne sois pas habituellement client du style et que je n'en connaisse pas totalement les rouages, la musique d'Idle Hands a résonné en moi. Le groupe possède ce petit plus qui transcende les genres et leurs codes, qui nous touche sans avoir besoin d'être expliqué. L'efficacité, l'ambiance, cette aura fédératrice sont tant d'éléments qui ont fait mouche et m'ont fait écouté la musique régulièrement. Si vous voulez dévaler des pentes herbeuses à cheval au son du vent qui claque, Mana est l'album qu'il vous faut.

EfficacitéLa capacité de l'album à capter et maintenir l'attention de l'auditeur. 1/5 : Vous écoutez l'album d'une oreille 5/5 : L'album vous jette des étoiles dans les yeux et retient toute votre attention
ImmersionIndice de l'immersion dans le voyage musical. 1/5 : l'album s'écoute les pieds bien au sol 5/5 : l'album vous emmène dans un tunnel de couleur et de sensations
FraîcheurIndice de l'apport de neuf que fait cet album. 1/5 : l'album réutilise les codes du genre et fait une bonne soupe avec de vieux pots. 5/5 : l'album invente et innove son style musical
Consigne du maître nageur :
Bouteille de plongée
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Idle Hands
"Mana"