Le Passage #14 : Cult Of Luna - Lights On The Hill

Illumination.

Au fil de nos écoutes, certains albums et certaines pistes parviennent à capter notre attention. Des morceaux qui reviennent régulièrement dans nos playlists, nos oreilles, pour combler les moments creux ou tout simplement nous faire du bien. Dans Le Passage, nous revenons sur ces chansons qui rentrent dans notre panthéon, grâce à une partie qui les font surnager au-dessus des autres.

Parler de build up dans les musiques "Post", c’est décrire un principe fondamental des compositions de tout groupe exerçant dans ces sonorités. Ce gimmick du crescendo crée une tension palpable pendant plusieurs minutes, jouant une suite de notes hypnotisantes, pour se conclure dans un break explosif et libérateur, effet recherché chez tout amateur de Post-Rock ou de Post-Metal.

En 2019, Cult Of Luna revenait d’un long silence de 6 ans après leur dernier album Vertikal. Fort de la nouvelle reconnaissance établie par leur collaboration avec Julie Christmas sur le projet Mariner, une nouvelle fanbase s’était plongée dans les compositions des ténors du Post-Metal. Une hype qui ne faiblissait pas avec la sortie de A Dawn To Fear, démontrant de nouveau leur efficacité pour nous délivrer de puissants morceaux.

Sur cet album se trouve la piste Lights On The Hill, qui est pour beaucoup la meilleure de l’album, et à mes yeux l'une des meilleures de la discographie des Suédois.

Une recette connue mais parfaite.

Du haut de ses 15 minutes, ce n’est cependant pas la piste la plus longue de leur répertoire : elle n’est qu’en troisième position, dépassée de peu par Dark City, Dead Men sur Somewhere Along The Highway et loin derrière les 18 minutes de Vicarious Redemption, présente sur Vertikal.

Car les Suédois ne sont pas réputés pour faire la musique la plus facile d'accès. Beaucoup s'y casseront les dents lors de leurs premières écoutes, la formation étant assez hermétique pour tout novice de ce genre d'atmosphères. C'était aussi mon sentiment quand je découvrais ce nouveau pan de la musique. Un hermétisme que je n'arrivais pas à dépasser tant j'étais répulsé par le cri de Johannes Persson. J'ai seulement commencé à apprécier leur musique avec Mariner et les ambiances plus calmes apportées par le chant de Julie Christmas. Ce combo fut mon déclencheur et surtout ma porte d'entrée dans leurs soi-disant abysses. En 2019, à la sortie de A Dawn To Fear, je retentais l'expérience sans avoir la sureté de la voix plus calme de la chanteuse américaine à mes côtés.

Je découvrais ce disque avec un certain recul, n'appréciant à l'époque qu'un projet pour beaucoup "hors-sujet" à la discographie des Suédois. C'était la première fois que je replongeais dans ces eaux, découvrant de nouvelles teintes dans cet océan. L'écoutant pour la première fois en voiture, lors d'une nuit sans étoiles, les astres s'étaient pourtant réunis derrière le brouillard pour me faire apprécier de la meilleure des façons l'ambiance de Cult of Luna.

C'est ainsi que j'ai vu le scintillement du joyau Lights On The Hill dans ces ténèbres. Le morceau commence dans un calme pesant, le brouillard est présent, accompagné par un rythme lent. À 3min50, l'élément perturbateur entre en jeu : la batterie et la guitare prennent le dessus sur les synthés. Nous voici perdus dans un combat à l'orchestration nous mettant en transe et nous présentant un arpège de cinq notes servant de fil rouge à notre aventure. Les mesures se suivent et nous sommes pris dans la tension que construisent les Suédois. Nous sentons que nous perdons ce combat vers 8min45, l'arpège disparaissant en même temps que notre espoir. Johannes Persson parle alors ici d'une danse de rage. À 10min56, un rebondissement survient. Le fil rouge revient et lance le combat final. Les instruments s'affolent pendant trois minutes libératrices, un shot d'adrénaline nous parvient et nous donnons toute notre énergie pour être en rythme avec la musique pour finir ce récit. Ce build-up arrive sans prévenir alors que la voix de Johannes se noie dans les lointaines textures sonores stridentes. Nous pensions que les torrents nous faisaient remonter à la surface, mais nous revoila replongés dans les songes à contempler l’arpège dansant en rythme avec un synthétiseur hypnotique. Venant d'un album où le titre se traduit littéralement par “Une Aube à Craindre”, ce morceau est celui représentant le mieux cette fin de nuit terrifiante où l’on aperçoit les lumières du nouveau jour perçant la colline.

Ce qu'a bâti Cult of Luna avec leur discographie, c'est un savoir-faire à construire des mises en tensions pour amener à une envolée au bon moment. L'auditeur est plongé dans une ambiance, certes terne, mais prenante, nous perdant dans le défilé de notes. Tel un film, un morceau de Cult Of Luna nous dévoile un scénario implicite où l'acte final est bien souvent cette explosion attendue de toutes et tous. Certains parlent de libération, j'y vois pour ma part une illumination. Chaque fan de la formation aura sans doute son build-up préféré : certains parleront de celui de Dim sur Somewhere Along The Highway ou même plus récemment sur The Long Road North, celui de Blood Upon Stone. Et même si ces choix restent totalement valables, ce passage sur Lights On The Hill reste pour moi le meilleur de leur discographie en termes d'émotions ressenties : c'est une véritable leçon d'écriture sonore et de mise en place d'ambiances captivantes.

Il est vrai que la musique du groupe peut paraître assez difficile d’accès, la faute à des morceaux longs et aux sonorités monolithiques. Mais si je devais conseiller l’écoute d’un titre de Cult Of Luna pour faire découvrir la formation, ce serait sans aucun doute ce fameux Lights On The Hill, tant il résume avec brio toute la beauté fatale de leur son et l'exaltation ressentie à chaque explosion après une construction savamment maîtrisée.