Amulets - Blooming

Bouquet de textures sur bandes

Si vous explorez régulièrement les plates-formes de distribution musicale, difficile de passer à côté de la musique ambient. En effet, à l'époque où la production et la distribution de musique sont à la portée de toutes et tous, on retrouve énormément d'artistes qui sortent des projets en les affiliant de près ou de loin à ce genre.

Mais, en dehors de la caractéristique de musique calme indiquée dans le nom, difficile à mon sens de cerner le contenu d'un projet sous cette simple étiquette. En suivant les sorties, sur Bandcamp notamment, j'ai pu constater des variations au sein de cette chapelle. De la longue jam de guitariste de chambre à l'artiste electronica minimaliste, aux captations de l’environnement ou encore à de longues fresques où les couches sonores sont méticuleusement superposées... Les outils, méthodes, rendus et objectifs semblent propres à chacun, pouvant rendre le style intimidant à aborder de l'extérieur. C'est également ce qui fait son charme, permettant une liberté d'expression et un certain affranchissement des règles établies.

Celles et ceux qui ne portent que peu d'intérêt pour le style avancent souvent comme argument cette sensation qu'il ne se passe rien, que cela ne capte pas leur attention, voir les ennuient. Si vous vous reconnaissez dans ces mots, je vous recommande alors de vous essayer à Blooming, dernier album en date d'un des projets ambient qui me captive le plus : Amulets.

Amulets 2 Randall Taylor durant un concert d'Amulets. Source : http://www.amuletsmusic.com/

Établi dans l'Oregon, Amulets est le projet solo de Randall Taylor, compositeur se servant de tape loops (boucles de cassettes audio), de field recordings (enregistrement de l'environnement), ainsi que de guitares gorgées d'effets, cumulant de cette façon les pistes sonores que renferment ses morceaux. Son art est d'ailleurs autant musical que visuel, proposant sur Youtube et Instagram des vidéos de ses jams où les bandes magnétiques ne cessent de se mouvoir entre les différents éléments façonnant le son. De véritables architectures sonores.

Ces vidéos et les divers packs de samples disponibles sur le Bandcamp d'Amulets ne laissent aucun doute quand au talent de sound designer de Taylor. Pour autant, lorsque l'on se penche sur ses albums, c'est une approche de songwritter qui nous vient alors en tête. Blooming confirme la tendance : chaque titre se concentre sur des ingrédients différents, les rendant identifiables dès la première écoute.

Dès le lancement sur le morceau éponyme, nous sommes happés par des sons d'oiseaux avant l'arrivée d'une guitare écrasante qui va entrainer sa lente évolution dronesque. Les pistes suivantes ne cesseront de varier les instruments et apports de nouvelles textures : des bruits de mécanismes accompagnant le violon de The New Normal, le début chargé de Heaviest Wait qui soudain s'épure pour laisser place à un arpège de guitare envoûtant... La première moitié de l'album suit ainsi son cours, proposant différentes associations, amenant chacune son lot de sensations et d'images.

C'est également une préparation parfaite à ce qui va suivre. Au fil de l'écoute, cette première partie va accompagner notre lente immersion dans des terrains de plus en plus abscons, proposant en milieu de chemin des titres beaucoup plus tournés sur des ambiances vaporeuses, aux textures subtiles. Comme si nous entrions progressivement en introspection, que les sons du réel se fondaient de plus en plus en une toile abstraite stimulant notre imaginaire.
Les morceaux proposés durant cette seconde partie conservent toujours une identité propre. Saluons notamment Collapse In Memory, plus long titre du disque avec ses 8 minutes, où une intensité ne cesse de grandir lentement, jusqu'à une apothéose ambient tout en délicate saturation.
Comme pour nous sortir de la torpeur, l'album se conclue sur Whirl, un retour à une musique plus concrète, où un arpège de guitare acoustique accompagne un petit discours susurré avant une dernière explosion de saturations à l'instar du commencement de l’œuvre.

Cette construction d'album est très ingénieuse, nous permettant de se laisser aller sans pour autant s'égarer. Blooming est un opus riche en sons et qui coule parfaitement, proposant un voyage de trois quarts d'heure aux couleurs de douce mélancolie. Taylor l'a composé chez lui, durant le confinement. Du sentiment d'isolement, il créa cathartiquement ce disque, capturant les émotions que nous avons alors toutes et tous partagés, s'en servant comme moyen de s'épanouir et d'évoluer à nouveau, comme une fleur naissante.

Blooming est un album qui propose une bulle teintée d'émotions au goût d'évasion. Sans cesse en mouvement, mélangeant les contraires, conjuguant sons et textures, il est envoûtant de bout en bout. À mon sens, il pourrait être un album d'initiation au genre de par sa richesse, son immédiateté, la pertinence avec laquelle il joue avec les sons, ainsi que sa faculté à nous évoquer des images.
Pour maintenir notre attention, la musique ambient nécessite constamment des ornements. Amulets démontre avec Blooming qu'il en est un de ses maîtres artisans.

ImmersionIndice de l'immersion dans le voyage musical. 1/5 : l'album s'écoute les pieds bien au sol 5/5 : l'album vous emmène dans un tunnel de couleur et de sensations
MélancolieL'album inspire plus ou moins la mélancolie, les sentiments maussades et embaumés d'un vague à l’âme. 1/5 : Vous ressentez une légère pique de tristesse. 5/5 : Vous êtes plongé dans les tréfonds du spleen
ProfondeurIndice sur la densité de contenu de l'album 1/5 : album au propos plutôt dépouillé voire superficiel, on en fait rapidement le tour, on l'assimile très vite 5/5 : album au contenu très riche, plusieurs écoutes seront indispensables pour espérer en capter l'essence
DélicatesseIndice de la douceur de l'album. 1/5 : l'album est assez sec. 5/5 : l'album est un champ de coton
Consigne du maître nageur :
Bouteille de plongée
Bouteilles de plongée

Amulets Blooming
Amulets
"Blooming"