Coldplay - Ghost Stories

Ghost In an empty Shell

Quand on évoque le nom de Coldplay, énormément de réactions peuvent survenir. On a les nostalgiques de leurs débuts, regrettant le virage "radio-friendly" des Anglais ou au contraire, les "nouveaux fans" qui sont tombés amoureux de leur facette colorée et axée sur les hymnes de stades. Il y a aussi deux visions qui s'affrontent. Le côté froid, doux et calme opposé à la fête, le soleil & la chaleur de l'été. Tout ceci étant incarné par les sorties plus récentes du quatuor, matérialisé notamment par des pochette d'albums, colorées et pétillantes. Une musique adéquate pour nous faire profiter des meilleurs côtés de la vie.

Malheureusement, il est facile de basculer de l'euphorie à la tristesse en un rien de temps. Très souvent, le coupable est tout trouvé : le cœur. Cet organe capable de nous faire ressentir une multitude d'émotions est notamment utilisé en tant que métaphore de l'Amour. Cupidon étant un être mesquin, il peut nous faire pousser des ailes comme nous abattre en plein vol. Pour Chris Martin (Chanteur/Guitare lead/Piano), la deuxième étape est malheureusement au centre de Ghost Stories.

"I think of you
I haven't slept
I think I do
But I don't forget"
Coldplay - Always In My Head

De longues nuits d'insomnie suite à une rupture amoureuse. Une situation surement vécue par bon nombre d'entre vous à un détail près : vous n'avez pas utilisé ces moments pour écrire des lignes qui finiront dans un album vendu à près de 4 millions d'exemplaires. Chris Martin & Gwyneth Paltrow ont partagé plus d'une décennie ensemble avant de malheureusement rompre. De ce cœur brisé naîtra la base de Ghost Stories, sixième sortie de Coldplay. Après avoir inondé les stades avec Mylo Xyloto, le groupe s'est recentré chez Guy Berryman, bassiste de son état, pour jammer et peaufiner cet ouvrage. Pour une première sur le label Atlantic Records (aux Etats-Unis), les Britanniques vont prendre à contre pied tout le monde.

Premier single libéré sur la toile : Magic. Une chanson bien plus intimiste que les récents travaux de Coldplay, mais qui garde une touche électronique assez bien sentie. Une piste accompagnée d'un clip en noir et blanc, bien loin d'un éléphant effectuant du monocycle dans le désert. Tout ceci est illustré par une pochette d'album sobre mais pourtant si belle, réalisée par l'artiste Tchèque Mila Fürstová. Deux ailes sur un fond bleu, une image assez iconique qui colle parfaitement avec l'idée qui parcourra l'album.

Tout au long du disque, nous suivrons le voyage d'un protagoniste détruit par le départ de celle qu'il aime. On commence par le fait qu'elle hante le héros (Always In My Head), qu'il se soit fait tatouer son nom pour la garder près de lui (Ink), qu'il se mette à parler avec le "fantôme" de sa chère et tendre partie (True Love, Another's Arms, Ocean), et qu'il envisage même de mourir dans ses bras de manière métaphorique (A Sky Full Of Stars). L'histoire racontée est fortement inspirée par ce qu'a vécu Chris Martin au moment de sa rupture. Des paroles tristes portées par une musique bien plus minimaliste qu'à l'accoutumée. Les rythmes électroniques remplacent les guitares, qu'on entend vibrer sur True Love pour un solo faussement juste. Très souvent, la voix de Martin est seulement soutenue par un voire deux instruments pour accentuer la solitude du protagoniste.

Il faut bien avouer que passé l'effet de choc, le travail réalisé est bon. Notre narrateur n'a rien perdu de ses capacités vocales et nous emmène dans ce voyage à travers la dépression avec beaucoup de justesse. On passe de deux titres électro-pop sobres (Always In My Head, Magic) à quelque chose de plus up-tempo (Ink) avant la pièce centrale vaporeuse co-produite avec Jon Hopkins, prince de l'ambient (Midnight). Bien qu'on voyage sur plusieurs spectres, une cohérence minimaliste très bien sentie règne.

"Tell me you love me
If you don't, then lie
Lie to me"
Coldplay - True Love

Et puis vient la faute de goût ultime. Du moins, dans son placement et son texte. A Sky Full Of Stars casse complètement avec l'ambiance globale de ce Ghost Stories en partant dans une mélasse EDM calibrée pour les radios et composée avec le regretté Avicii. Un son qui arrive en avant-dernière position et qui vient sortir l'auditeur de son cocon de douceur créé auparavant par les Anglais. Un tel morceau n'est pas forcément une mauvaise idée s'il intervient en dernière position pour coller avec le thème qui ressort de l'actuelle dernière piste. Ou alors, il aurait fallu ne pas l'incorporer à la tracklist pour garder un ensemble plus homogène. Mais ce titre fait mal dès lors qu'il arrive dans nos oreilles, d'autant qu'il se situe juste après Oceans, ballade guitare/voix plutôt bien pensée, accompagnée de quelques violons qui ne mangent pas de pain. Il faut aussi souligner que le dernier tiers restant sur cette piste sert à "teaser" l'arrivée de A Sky Full Of Stars. Une idée clairement ratée.

Mais dans sa force, Coldplay parvient quand même à sauver tout ça avec une dernière piste totalement réussie. Une des forces du groupe réside dans le duo piano/voix. Chris Martin sait très bien se sublimer dans cette configuration et O (Fly On) en est la parfaite illustration. Juste soutenue par la basse délicate de Guy Berryman, cette piste apporte une dose d'apaisement bienvenue après la sortie de route évoquée ci-dessus. Plus que ça, son message est peut-être la seule chose à retenir de tout ce disque. À travers le dernier pont ou bien dans l'outro éthérée en vocodeur, l'amour ne doit jamais être abandonné. Bien qu'il soit douloureux de voir partir l'être aimé, il ne faut pas perdre espoir en ce sentiment qui peut faire ressentir des choses inespérées.

"So fly on, ride through
Maybe one day I'll fly next to you
Fly on, ride through
Maybe one day I can fly with you"
Coldplay - O (Fly On)

Pourtant habitué des stades depuis Viva La Vida, Coldplay reviendra à quelque chose de plus intimiste pour la tournée autour de Ghost Stories. 9 concerts disséminés sur 9 mois, réalisés dans des salles de tailles moyenne comme le Casino de Paris ou le Royal Albert Hall à Londres. Une envie d'intimité qui sied parfaitement avec l'album et ce qu'il dégage. Si cet album récoltera des critiques mitigées, il me semblait essentiel de revenir dessus et de lui rendre un bel hommage. En des temps hivernaux, il peut être un parfait compagnon pour regarder la neige tomber, le tout enroulé dans un plaid. Dans des moments de tristesse, il peut apaiser les cœurs brisés et les têtes basses. S'il n'est pas le disque parfait, il est une œuvre sous-cotée qui mérite bien plus de reconnaissance dans une discographie plus que sinueuse. Punching-ball facile pour tous les sites en manque de buzz, Coldplay sait aussi être tendre dans son expérimentation. Quelque chose qu'on avait surement tous oublié.

DélicatesseIndice de la douceur de l'album. 1/5 : l'album est assez sec. 5/5 : l'album est un champ de coton
Joie de VivreComment l'album va impacter votre humeur. 1/5 : Tout est noir et triste, et si je me roulais en boule ? 5/5 : Tout va bien, je souris avant tout.
TempératureIndice du mood général de l'album : 1/5 = froid, musique globalement maussade, négative, voire violente 5/5 = chaud, musique très joyeuse voire festive
Consigne du maître nageur :
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Slip de bain

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Coldplay
"Ghost Stories"