Un mercredi de février, la grande salle bruxelloise de Forest National accueillait une légende de la New Wave dont la carrière dépasse désormais le demi-siècle : David Byrne, chanteur de feu-Talking Heads à la carrière solo florissante que l’on ne prendra pas la peine de détailler, au risque d’y passer la nuit, accompagné d’une petite troupe de musiciens et de danseurs. Retenez cependant que la tournée suit la sortie de Who is the Sky?, son dernier album sorti en septembre 2025.
Avant l’entrée en scène des artistes, c’est une grande estrade vide entourée de trois écrans géants en arc de cercle qui accueillent les spectateurs à la surface de la Lune. Le concert est en configuration assise mais un message de bienvenue de Byrne invite le public à se lever pour danser librement s’il le souhaite, dans le respect des uns des autres, bien entendu.
C’est dans une ouverture très intimiste que David Byrne ouvre la soirée avec Heaven. La troupe est pour l’instant réduite au strict minimum pour nous emmener avec cette ballade tandis que la Terre apparaît progressivement au-dessus de l’horizon lunaire sur l’écran central.
Après cette introduction des plus poétique, Byrne chauffe l’ambiance grâce à Everybody Laughs, premier single tiré de Who is the Sky? et confirme que le thème de la soirée sera sous le signe de l’humanisme.
Le reste des musiciens et une troupe de danseurs de tous horizons entrent en piste tandis que des projections aléatoires d'absurdes scènes de vie sont diffusées. (On citera deux personnes faisant une course de transpalette, une personne promenant son cochon ou un chef menant son orchestre du haut d'un escabeau)
Peu après, c’est Strange Overtones qui me fera verser ma première larme de l’année, saisi par la douceur du morceau conjugué à la beauté du décor. Le chœur d’une quinzaine de personnes dansant sur les toitures d’une fin d’après-midi New-Yorkaise à la tombée de la nuit aura suffit à faire fondre le mien (de cœur). Un moment de douce poésie qui prend place dans la grosse pomme, un décor sublimé à de nombreuses reprises en cette soirée.
C’est un léger couac qui accompagnera le lancement de Houses in Motion. En effet, David Byrne a dû reprendre la sécurité de la salle qui demandait à quelques personnes de se rassoir alors qu’elles avaient commencé à se lever pour se trémousser. Les gens sont vraiment mal élevés, n’ont-ils pas honte d’oser danser sur un morceau aussi groovy ? Ni une ni deux, une fois le morceau relancé c’est tout le parterre et moi avec qui les avons rejoint dans un grand dancefloor qui refera régulièrement son apparition pendant le show.
La force tranquille
Quel bonheur d’accueillir, au milieu d’un set flamboyant, un classique des plus douillet. Logée au creux d’un panorama de forêt de nuages, la troupe entonne This Must Be The Place (Naive Melody) repris avec le public. Un instant hors du temps où, comme pour Strange Overtones, les effets visuels se sont mis en retrait pour permettre au moment de communion de se créer au milieu des feuillages embrumés. La naïve mélodie laisse aux chœurs la possibilité de se mêler aux chants du public dans un instant enchanteur dont il a été difficile de sortir.
Mais c’est un autre tube de Speaking in Tongues des Talking Heads qui a relancé le dancefloor avec un fantastique ping pong de voix. Slippery People, grand tube hyper groovy qui rappelle un peu Houses in Motion mais avec la petite pointe de sel supplémentaire apportée par des chœurs facilement scandables. La version live bénéficie en prime d’un final porté uniquement par les chœurs et les toms laissant un souvenir glorieux du titre à l’audience. Tellement glorieux que le refrain m'est toujours en tête à l'heure où cet article paraît.
Avant d’entamer la fin du set, Byrne nous livre une petite surprise avec une reprise de Hard Times de Paramore. Morceau qui a visiblement décontenancé une grande partie du public, pas tout à fait de la même tranche d’âge que le public type de Paramore, mais qui a permis de laisser dépasser les têtes les moins grisonnantes du public Bruxellois.
Apothéose
C’est par un enchaînement de grands classiques des Talking Heads que Byrne et sa troupe ont choisi de clôre le set principal avec en tête de proue le monstre sacré Psycho Killer du tout premier album du groupe. C’est un grand karaoké géant qui a alors démarré dans la salle de Forest National. Un tel classique ne pouvait devenir qu’un gigantesque chant de stade tant son refrain avait le potentiel de devenir viral vingt ans avant la démocratisation d’internet. L'occasion pour moi de hurler faux et de bon cœur les ohohohoooh ayayayayay sans être le seul à me ridiculiser.
Enfin le set a atteint le pic de son intensité sur Life During Wartime. Avec son thème et son énergie particulièrement inflammable, le climax a mis le feu aux poudres quand l’écran a diffusé en même temps des images de la population américaine résistant aux exactions de l’ICE, la milice fasciste de Donald Trump. Le sujet du morceau, combiné au défilement frénétique des images, a créé un véritable moment de tension dans le spectacle dont on ressort soulagé malgré la brièveté du passage.
Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est temps de passer au rappel. L’ambiance est revenue temporairement à un moment intimiste sous la lueur d’une petite ampoule à filament. Une moitié de la troupe est venue interpréter Everybody’s Coming to My House dans une version plus dépouillée qu’à l’origine. Le moment est tout simplement beau et pose les bûches pour la dernière apothéose du concert. Car maintenant que tout le monde y est venu, il était temps de la faire brûler cette maison. Burning Down the House a donc enflammé une dernière fois le public dans un dernier karaoké et un dernier grand moment de danse collective.
Avec une carrière aussi riche que celle de David Byrne, il était évident que la tournée Who is the Sky? allait regorger de vieux classiques. Malgré tout, l’album reste mis à l’honneur et si à la vue de la pochette et du dispositif mis en place sur scène, on aurait pu craindre une mise en scène dans la surenchère, il n’en est rien. Bien que démesurés, les écrans ne volent jamais la vedette à la troupe de musiciens (à l’exception du final de Life During Wartime). Le tout est mis au service de la création de moments poétiques ou pour accompagner la production de dopamine sur les morceaux dansants. Pendant près d’1h45 de set, passé en un éclair, on a dansé, chanté, pleuré dans la salle de Forest National. Et surtout on a pu profiter, en partie grâce à un son irréprochable, de toute la maestria d’un grand monsieur de la musique pour créer des show inoubliables.
Pour ma part, c'était l'occasion d'enfin avoir la chance de croiser la route d'un artiste à qui je dois beaucoup musicalement. Alors que j'attendais fébrilement d'être submergé par l'émotion sur This Must Be The Place (Naïve Melody), c'est finalement Strange Overtones qui m'a cueilli prématurément. Une libération qui m'a permis de profiter pleinement du concert sans appréhension. Avec une setlist retraçant près d'un demi-siècle de carrière, j'ai pu me joindre à l'engouement d'une génération qui n'est pas la mienne et profiter en live de morceaux que je n'aurais jamais cru entendre interprétés par leur compositeur original. Si c'est un peu sur le tard que j'ai découvert l'oeuvre de David Byrne et des Talking Heads, je me suis rendu compte petit à petit que leur influence était distillée chez bon nombre de mes artistes et groupes préférés. L'opportunité de rencontrer le sensei de ses sensei, chose que l'on a qu'une fois dans une vie.
Setlist :
Heaven
Everybody Laughs
And She Was
Strange Overtones
Houses in Motion
T-Shirt
(Nothing But) Flowers
This Must Be The Place (Naïve Melody)
What Is The Reason For It ?
Like Humans Do
Don't Be Like That
Independance Day
Slippery People
Moisturizing Thing
My Apartment Is My Friend
Hard Times
Psycho Killer
Life During Wartime
Once In a Lifetime
Everybody's Coming To My House
Burning Down The House
Forest National
Bruxelles, Belgique
- Groupe(s) : David Byrne
- Date : 18/02/2026


